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dimanche 16 avril 2023

Le Mondial du vin blanc à Strasbourg: Des médailles et des master classes de haut niveau

 C'est la vingt-cinquième année que les organisateurs du Mondial du vin blanc sélectionnent au niveau mondial les meilleurs vins blancs de cépage ou de mélanges. 

Cette année, dans le Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg, 25 nationalités et de nombreux cépages concourent pour trois médailles: l'Argent, l'Or et le Grand Or. Un coup de projecteur sera mis sur les cépages autochtones - sachez qu'il y a plus de 10.000 variétés de vignes et les différents cépages se retrouvent en 12 catégories: Chardonnay - Chenin -  Gewurztraminer - Muscat - Pinot Blanc - Pinot gris - Riesling - Sauvignon - Sylvaner - Viognier - Autres Cépages - Assemblages.

Ce ne sont pas que les vins français qui se retrouvent en haut du podium, il y a eu des vins grecs et même des vins du Kazakhstan avec le domaine Arba Wine, un vignoble situé ente 900 et 1500 mètres d'altitude. Le domaine avait concouru déjà en 2015 et avait gagné une médaille d'or avec leur AK Arba Riesling – Assa Valley ALMATY appellation EAC. Et depuis, chaque année, le domaine participe et récolte des récompenses.

Bientôt les résultats...  voir plus bas !

En attendant, un plaisir œnologique n'arrivant pas toujours seul, la concentration de très bons vins, de superbes viticulteurs, œnologues et  -  du vin permettant la rencontre avec ces experts et la possibilité de découvrir et goûter ces vins a amené les organisateurs à proposer une série de Masterclasses le dimanche après-midi et le lundi.

Dimanche, l'on pouvait découvrir les vins italiens de Ligurie "Cinque Terre", les cépages autochtones d'Autriche: Grüner Veltliner DAC, Roter Veltliner, Frühroter Veltliner, Neuburger, Zierfandler et Rotgipfler, les vins de l'Etat de New-York aux USA et pour couronner le tout, le Tokaj de Hongrie, une des plus vielle appellation de vins que l'on connaissait en Alsace jusqu'à peu. Et un vin japonais primé en 2022, le Koshu gris de gris et du Saké!


Mondial du Vin Blanc - Rangen de Thann - Serge Dubs - Photo: lrds

Le lundi, six ateliers permettent de découvrir les vins d'Alsace sous un nouveau jour, puis de se familiariser en pratique avec le Rangen de Thann, un sommet du vin sur ce terroir de presque vignerons alpinistes. C'est Serge Dubs en personne, Meilleur sommelier du Monde en 1989, qui a fait toute sa carrière chez les Haeberlin et qui leur est toujours fidèle, même à la retraite qui nous fait découvrir les spécificités de ce vignoble avec sa particularité géologique (terre volcanique), sa pente (pouvant aller jusqu'à plus de 60 degrés), son ensoleillement (plein sud) contrebalancés par l'altitude et la fraîcheur du vent qui descend de la montagne, ainsi que la balance entre la rivière qui amène l'humidité la nuit et les pierres des clos et des murets qui emmagasinent la chaleur et font de ce grand cru un vin à part.


Mondial du Vin Blanc - Rangen de Thann - Riesling - Bruno Hertz - Photo: lrds


La partie dégustation qui se fait dans les règles de l'art; visuel (robe, jambe), olfactif et gustatif nous fait  comparer deux Riesling de 2020 (Schnebelen et Wolfberger)  un de 2019, d'Alexandre Schoffit  tous les trois qui ont de l'avenir puis un Riesling de 2017 de Bruno Hertz. L'on continue avec un Pinot Gris de Zind-Humbrecht de 2021 (qui gagne à vieillir) pour rappeler que sur le Rangen cohabitent principalement ces deux premiers cépages avec un peu de Gewurtztraminer.


Mondial du Vin Blanc - Rangen - Harmonie R - M. Schoech - Photo: lrds


Et c'est la "recette" qu'a préparé Maurice Schoech qui a planté en complantation dans la "combe" qu'il a défrichée les trois cépages pour en tirer un vin "Harmonie R" (comme Rangen) avec une vinifications commune des trois type de raisin que nous "dégustons" en finale dans le millésime de 2020, déjà somptueux. L'ensemble de la dégustation nous permet bien sûr de découvrir les senteurs caractéristiques de Rieslings et du Pinot Gris, surtout le côté "fumé" et "pierre-à-fusil", la minéralité et les différents parfumes fruités et floraux de ces vins et surtout d'apprécier l'équilibre et la simplicité, la limpidité des différents vins, avec chacun leur caractère. Mais on sent bien le travail du viticulteur.

 

Mondial du Vin Blanc - Rangen de Thann - Serge Dubs - Photo: lrds


Celui des vendangeurs, on l'imagine et le maitre Dubs qui fait appel à ses souvenirs - sa première "escalade" du Rangen, effort et difficulté du travail continu nécessaire pour le suivi de la vigne tout au long de l'année permet de mieux comprendre la "valeur" de ce vin, ce "domaine", ce "Grand Cru" qui avait presque été à l'abandon il y a quelques années et dont quatre viticulteurs sur les 9 actuellement actifs ont aussi fait l'effort d'être présents à cette présentation.


Mondial du Vin Blanc - Rangen de Thann - Serge Dubs - Photo: lrds


L'après-midi démarre avec les Vins blancs de la Région del Collio, dans le Frioul en Vénétie, cette région frontière avec la Slovénie, au pied des Alpes Juliennes et Carniques, une région historiquement productrice de vin blanc et qui est encore celle qui en produit le plus en Italie. 


Mondial du Vin Blanc - Collio - Francesco Bonfio - Photo: lrds  


Elle produit essentiellement du vin qui se boit jeune et l'on va déguster quelques flacons, différents cépages, dont la Ribolla Gialla, le Collio, version "jeune" de 2021 et version "Reserve" le Friulano "Zio Romi" de 2018, ainsi qu'un Pinot Grigio qui se présente comme un rosé vénitien. 


Mondial du Vin Blanc - Collio - Pinot Grigio - Photo:lrds


La présentation est faite en "stéréo" par Francesco Bonfio président de l'association des Caviste italiens qui nous fait à la fois l'historique du vignoble et les explications techniques puis la dégustations commentée tandis que son épouse rythme à l'image les présentations de cartes, schémas et photographies qui nous donnent envie de visiter cette magnifique région.

 

Mondial du Vin Blanc - Collio - Friulano - Zio Romi - Photo:lrds


Et l'on trouve d'une modestie incroyable son introduction qui rendait hommage à son prédécesseur dans la salle Serge Dubs. Les deux styles n'ont rien de comparable mais ils sont tout les deux de très grands professionnels du vin, chacun à sa manière et dans son rôle.


Mondial du Vin Blanc - Vins Oranges - Christophe Soudant - Photo:lrds


La journée de formation s'achève avec une nouveauté, les "vins oranges" que Christophe Soudant, ancien chef sommelier du Claridge à Londres arrive à définir très simplement et à replacer dans l'histoire - déjà ancienne de la viticulture - avec la Géorgie qui est une terre qui a relance la mode de ce type de vinification. En résumé, un vin orange n'est pas un vin "naturel". C'est un vin de "macération" où la vinification se fait non par pressage du jus mais par macération du raisins, peaux comprises, avec plus ou moins de "rafles", donc en égrappant plus ou moins les baies et dans une "cuve" - n'importe quel modèle, même si les jarres d'origine, les "Kvevri", amphores en argile fabriquées en Géorgie, sont le contenant idéal de par leurs qualités naturelles pour ce type de vin. C'est cette cohabitation, plus ou moins longue - en général 12 à 30 jours mais qui peuvent aussi durer des mois, qui donne au vin  (blanc) cette couleur qui n'est pas forcément "orange". L'essentiel des résidus solides étant ôtés, le vin continuera d'évoluer et de vieillir.


Mondial du Vin Blanc - Testalunga - Stay Brave - Photo:lrds


La dégustation permettra de découvrir un vin Sud Africain Stay Brave, fait avec 100% de chanin blanc, minéral, sec et tannique, un vin géorgien IOGOS de 2016, fruité et tannique, fait avec un cépage sauvage et pour clore un des premiers essais des viticulteurs alsacien Charles Brand e son fils Philippe avec le Tout Terriblement, également de 2016, un vin non filtré avec un beau parfum d'agrumes.


Mondial du Vin Blanc - Tout Terriblement - Charles et Philippe Brand - Photo:lrds


Ces journées ont été de superbes rencontres professionnelles où les mateurs de bons vins ont pu goûter et apprendre beaucoup de choses intéressantes et découvrir de petites pépites.

Et nous attendons avec impatience le palmarès, bientôt ici:



Le Resto du Samedi      

samedi 26 mai 2012

1741 - Révolution de "palais" pour une réception chez les Rohan ressuscités.

Ce sont les voisins d'en face, les Rohan, avec leur somptueuse demeure, abritant aujourd'hui une partie des musées de la Ville de Strasbourg qui ont inspiré l'enseigne 1741, et le "faste" de ce nouveau restaurant strasbourgeois dont nous attendions l'ouverture depuis quelques mois par Cédric Moulot (voir notre chronique du 19 mars).

En hommage à cette prestigieuse lignée aristocratique et épiscopale voisine, hôtes d'exception, c'est Thierry Schwartz qui s'installe aux fourneaux sur le quai des Bateliers. Au piano certes, ou  peut-être à l'épinette.
Attention aux courbettes, gare aux salves, la révolution des palais démarre dans la capitale européenne.

1741 - Strasbourg - Le Salon de Cote au Rez de Chaussée @lrds

Aux sans culottes, à ceux qui "ramènent leur fraise" pour parader, on murmurera qu'on ne plaisante pas à la cour et dans les salons du nouveau restaurant "1741".
Côté cour, côté jardin, que se trame-t-il dans ces quatre espaces dédiés au confort des corps et des papilles en alerte?

1741 - Strasbourg - La "cuisine de Thierry" @lrds

Quatre salons-boudoirs, tous différents vous accueillent et l'espace dénommé "La cuisine de Thierry", plus "décontractée" dévoile et opère à vue. On y voit le chef et sa brigade: 7 en tout avec les deux pâtissiers.
Après avoir "tiré à blanc" une semaine durant pour se "roder", on vous y accueille à l'aise pour goûter cette cuisine de secret de chef étoilé. "La cuisine" de Thierry se dévoile à vue et l'on se plaît à voir se dérouler "le coup de feu" du dîner.

1741 - Strasbourg - salon du 1er étage @lrds
Visite de la maison par l'escalier central qui vous mène jusqu'au dernier salon, divinement décoré, sous les toits: trois tables dressées, espace intime, ambiance discrète et feutrée.
Au premier étage, la salle Cagliostro propose sa "bonbonnière", une alcôve revêtue de velours rose, confortable à souhait, où l'on semble attendre que les deux petites fées au service exhaussent vos vœux. Aux murs une tapisserie digne du musée du papier peint  de Rixheim: tout de rose avec figurines sur balancelles à la Watteau. Calme, luxe et volupté. Le boudoir baudelairien séduit.

1741 - Strasbourg - Alcôve Cagliostro - "la Bonbonnière" - 1er étage @lrds

Qu'à cela ne tienne, ce sera un verre de Dom Pérignon 2003, (28 Euros) ambré, parfumé et une coupe de champagne Larmandier-Bernier (16 Euros)...
En amuse bouche, la mini tarte flambée du chef, servie sur un support de pierre. Un menu spécial dégustation, "surprise du chef" selon son humeur de l'instant nous attend.

1741 - Strasbourg - La mousse de foie gras à la poudre de truffes @lrds
Le nuage de foie gras, à la poudre de truffe, moussu, tendrement acidulé, vinaigré est une belle invention. La légèreté l'emporte sur le goût et l'on fond de plaisir. Tout à côté de l'alcôve, sur le guéridon, les petits pains tout chauds exhalent la bonté divine de la pâte fraîche: pain feuilleté à la fleur de sel, le plat baguettine, le pain olive/oignon ou celui au sésame grillé et pavot accompagnent les mets avec douceur.
Mickael Wagner se révèle un passionnant et passionné sommelier dont on boit les paroles sans modération. Elu "meilleur sommelier du Luxembourg" en 2010, il propose pour la touche de vin, un premier cru Engelgarten "le Jardin des Anges" 2009 de chez Marcel Deiss, à Bergheim, très mature à la belle robe ambrée, senteurs boisées. Un assemblage "inventé" de des cépages cultivés sur une même parcelle: riesling, muscat, pinot blanc, noir et gris pour la sculpture du vin d'Altenberg élevé en foudre. Ou un Bordeaux blanc 2010, Château Fonréaud le Cygne, au goût de fut, acidulé.


1741 - Strasbourg - Mur de "verticale" de vins d'Alsace @lrds

Le sommelier jubile en présentant sa cave et ses produits qu'il connait sur le bout des papilles et vient commenter ses crus choisis par amour du métier. Le "palais" est en fête. Le décor qui l'environne n'est pas innocent: un mur de verre transparent qui abrite les bouteilles de six vignerons de sa carte: comme une partition qui décline la gamme de l'œnologie. La légèreté des beaux verres surprend: la facture fragile et gracile est celle d'un artisan et poète suisse: du verre soufflé à la bouche, cristal sans plomb, pied et calice liés.

1741 - Strasbourg - Verre de cristal soufflé à la bouche @lrds 

Pendant ce temps, autour de nous, le service féminin sous la houlette de Catherine, chuchote dans l'escalier, attentif, parfait dans sa tenue, son élocution , comme à l'église dans ce bel écrin, sanctuaire de la gastronomie. Sur la nappe blanche, les couverts argentés, sculptés, taillés et ciselés trônent royalement. La "petite cuillère" est une pièce d'orfèvrerie exceptionnelle.

1741 - Strasbourg - petite cuillère @lrds

Pour poursuivre le repas, une soupe de tomates rôties, servie dans une petite soupière de porcelaine blanche avec jolies et fines tartines aux feuilles et  fleurs de roquettes, basilic braisé, frit dans l'huile.Comme des toasts, toujours déclinés sur la tomate, épicée, Le bonheur est dans ce "jardin des délices" végétal.Petite parcelle de jardin de curé.

1741 - Strasbourg - petites pizzas @lrds
Puis, servi dans de belles assiettes dorées de chez Bernardaud, spiralées aux dorures stylées,  voici "le royal asperges", mousse acidulée, en deux strates avec pointes d' asperges croquantes citronnées et fondant de parmesan. Les tiges sont finement coupées en rondelles al dente. Le fromage onctueux, fort en bouche est un très heureux mariage avec la fraîcheur vive des asperges.

1741 - Strasbourg - Royal asperges au parmesan @lrds

Un verre de sauguettes côtes du Jura 2011, prémisses 2012 du mois de mai, domaine des miroirs Kenjiro Kagami, comme un Sauvignon sera la surprise du sommelier pour satisfaire aux fragrances et textures du mets tiède. "Pas d'étiquette pour les grands vins": ce Chardonnay du jura, ces "prémisses" sont de bonne augure, carafé, biologique, "libre" en diable, "nature" sans souffre..à la fraîcheur de pomme.

1741 - Strasbourg - Les Prémisses de Kenjiro Kagami @lrds

Puis c'est le puissant et très attendu turbot braisé avec asperges sauvages et tombée de poireaux et oignons grillés, fenouil, pesto et noisette grillées, sauce au beurre blanc. Le vin une fois de plus s'harmonise aux parfums grillés-fumés de ce plat à partager à deux. Le turbot est tranché épais, aux écailles de truffes. Un régal.

1741 - Strasbourg - Turbot aux asperges @lrds 

En dessert un sorbet fraise des bois sur un biscuit pâte sablée finement granulée comme en semoule parfumée, auréolée de barbe à papa aérienne, en nuage.

1741 - Strasbourg - Sorbet aux fraises @lrds 

En salle, les convives d'à côté reçoivent "le tout choux" sur guéridon: une cathédrale dévolue à la pâte à  chou: magistral édifice, architecture gourmande inégalée: du très grand art culinaire.

1741 - Strasbourg - Choux en folie @lrds 

Le café est de la même trempe avec mignardises macaron grany smith et meringue tête de nègre italienne au chocolat noir.

1741 - Strasbourg - Mignardises @lrds 

Les Rohan peuvent être aux anges: la tradition est reine et ici digne d'un artiste, chef cuisinier, jeune, inventif qui ose le tout pour le tout.
1741: la révolution de palais à bien lieu.

Bon Appétit

Le Resto du Samedi


1741
Restaurant boudoir
22 Quai des Bateliers
67000 STRASBOURG
03 88 35 50 50
www.1741.fr
boudoir@1741.fr

samedi 3 mars 2012

Le Crocodile à Strasbourg: Haute couture culinaire, aux berges du Nil....

Bienvenue...
A peine la porte vitrée à l'esquisse du crocodile poussée, des oiseaux de paradis en queue de pie noire apparaissent et vous dépossèdent de tous vos tabous et atours.
C'est un ballet qui commence, des rencontres avec un personnel aux aguets, à l'écoute. L'établissement, vaste salle claire, sobre et lumineuse, palpite : trac, suspense.... Décontraction aussi dès que le sourire d'une remarquable serveuse en salle, nous garantit de passer un moment inoubliable.

Le Crocodile: La salle dans l'attente de ses convives @lrds

L'immense toile de 1874 signée "AD. Grison" trône majestueuse et raconte l'histoire d'une fête sur une place publique: un cochon sur la gauche nous rappelle que la nourriture emblématique reste au centre de la gastronomie populaire et aristocratique. Que la fête commence !
Apéritif maison: un verre de crémant à la fleur d'hibiscus (15 Euros), un verre de pinot gris vendange tardives de chez Catin (17 euros), en parcourant la carte, et en se régalant déjà des yeux.
Une cuisine "truffée d'inventions".

Le Crocodile - Jambonnettes de grenouilles @lrds

Les jambonnettes de grenouilles, cromesquis de pied de porc aux herbes, esquimau à la chlorophylle (43 Euros) sont un délice, fondantes et vivaces au goût. Les entrées sont accompagnées de petites merveilles et surprises: voire le Carpaccio de noix de St Jacques avec ses "mouillettes de langues d'oursin", la queue de maquereau avec ses "allures de guimauve"...Un joli roman culinaire, de belles images et des fragrances inconnues.

Au Crocodile: Pigeon de la ferme Kieffer @lrds

Côté plat, le "Pigeon de la ferme Théo Kieffer, poitrine en streusel de pain d'épice et cuisse farcie de béatilles, crones confits, pommes soufflé, sauce à l'amer bière", un vrai voyage qui tient en haleine et séduit les papilles, tant le fondant de la chair associé à l'amer est rehaussé et puissant. Avec un verre de cornas 2002 de chez Auguste Clappe (14 Euros) et une tranche de pain maison aux épices mêlées, voici bien un rêve incarné. Le chevreuil à la feuille de dattes Med Joul, les truffes omniprésentes à la carte avec les crépinettes de porc font bonne figure. Le "Lobe de foie de canard en croûte de sel à la truffe noire, Légumes « Beackhoefe »"  pour deux personnes servi à la table voisine, semble également un délice .

Au Crocodile: Filet de Turbot @lrds

Côté poisson, le "filet de turbot grillé, risotto de panais aux morilles, émulsion champagne" sort tout droit de l'ordinaire et la chair du poisson alliée à la finesse de l'émulsion généreuse en mousse légère séduit par sa fraîcheur et sa longueur en bouche. Un verre de Pacherenc du Vic-Bil (14 euros) proposé ce soir par Gilbert Mestralet - meilleur sommelier de France et associé avec Philippe Bohrer à la reprise du restaurant avec Ludovic Kientz comme chef - couronne le tout d'une belle robe chaleureuse et ronde au palais. Queue et pinces de homard, cabillaud skrei, sole meunière "habillés" façon Bohrer semblent aussi de bons plans...
Le guéridon trône avec le lièvre en deux services, les flambées du desserts, le carafage du vin rouge: un art qui se perd et retrouve ici de la vie, du sens, avec la cave qui date de l'illustre 3 étoilé Emile Jung et dont la  tradition ici se perpétue.Un majestueux chariot de fromages circule en salle: on n'y succombera pourtant pas, mais l'affinage ne fait pas un doute au vu des quelques belles pâtes coulantes.
La truffe noire est aussi présente dans les desserts: "Soufflé chaud à la truffe noire, sorbet champagne-truffe". Une place de choix pour cette denrée rare et chérie des gastronomes en quête de parfums subtils.
Les prix sont à la hauteur des ambitions de la cuisine (plats autour de 40 à  60 euros, desserts à 19 euros).
Les amuse-bouche qui égayent le repas, ponctuent et aiguisent les sens. Ils sont servis sur ardoise et déclinent parfums et ingrédients inédits. La bisque d'écrevisses est tout simplement divine, fine et relevée, onctueuse, servie dans une tasse en forme de cœur, terre de Betschdorf..On retrouve les beaux verres à vin signés Emile Jung avec plaisir et sans nostalgie. Toutes ces gâteries "périphériques" attestent de l'inventivité de la cuisine du "nouveau" Crocodile. Celui-ci veille au grain, suspendu comme autrefois en salle. Un œil toujours aux aguets comme le maître de salle et son staff hyper efficace qui fait entrées et sorties depuis un petit paravent discret. Le sommelier fait mouche et son sourire malicieux fait le reste avec un côté théâtral très apprécié. Ambiance sereine pour cette représentation hors pair digne d'un ballet de cour royale. Tenue parfaite du personnel qui semble glisser entre les tables sans heurt ni faute, ni impairs.

Au Crocodile: Mille-Feuille au praliné-chocolat @lrds

Les desserts, "Mille-feuille au praliné chocolat, crème glacée Arabica", la "Forêt Noire revisitée" et ce soir-là une belle assiette spéciale de crèmes glacées assorties:  marrons, réglisse,vanille de la réunion, chocolat guarana, ananas-verveine terminent joyeusement un repas qui fera date comme cette belle citation de Colette sur la carte des vins:
"Remplis Vin
ce verre que je te tends
bulle légère
où jouent les feux sanguins"

Aux berges du Nil, le crocodile se régale et les rives des délices sont bien celles d'un paradis pas perdu où le convive est roi.

Bon appétit

Le Resto du Samedi

Le Crocodile
10 rue de l'Outre
67000 STRASBOURG
03 88 32 13 02
www.au-crocodile.com